Lutèce crée l’exploit et se qualifie pour le Top 16, l’élite des Echecs

Retour sur les rondes 8 et 9 : Lutèce Echecs rate le coche mais reste bien placé

Lutèce avait tout à craindre lors de ce week-end. En effet, nous affrontions à Belfort, les deux premiers, Grasse et Cannes 2. Pour autant, l’équipe partait confiante, car comme d’habitude nous portions l’étiquette d’outsider et nous savions qu’un bon résultat nous rapprocherait un peu plus du Top 16.

Samedi, nous jouions contre l’équipe réserve de Cannes, une équipe composée de joueurs titrés expérimentés et de jeunes loups aux dents longues. Nous perdons le match 5 à 3 alors que nous n’arrivons pas à conclure de belles occasions (Nicolas, Xavier,…). Heureusement, le moral n’est pas atteint et les pendules sont remontées à fond pour créer l’exploit le lendemain.

Dimanche, ce n’est rien de moins que le favori du groupe qui nous est proposé au menu. Grasse n’a pas trébuché jusqu’alors et une victoire leur assurerait la montée. Sur les échiquiers, nous ne ressentons pas la différence supposée sur le papier et très vite quelques parties tournent à notre avantage. Malheureusement Kamran tente de forcer le gain persuadé qu’il doit absolument vaincre.

Nicolas, auteur d’une très belle partie assure le match nul en dominant Xavier Garbarino, un ancien lutécien.

Nous revenons donc de ce week-end avec une défaite et un match nul. Cependant, tous les espoirs restent permis car dans le même temps, Belfort perd deux fois et Lyon s’incline 2-0 contre Mulhouse 2. Sur le trajet du retour, nous examinons attentivement le classement général et sortons la machine à calculer : après quelques vérifications, c’est certain, Lutèce doit lors de ses deux dernières rencontres obtenir un seul match nul pour obtenir le sésame du Top16…

Samedi 5 avril : Ronde 10 contre Besançon : L’exploit à portée de doigt

Paris – Gare de Lyon – 12h50 : le train part dans quatre minutes et trois joueurs ne sont pas encore présents au rendez-vous. Si vous êtes cardiaque, je vous déconseille d’être capitaine de l’équipe 1 de Lutèce-Echecs ! Plus de peur que de mal, tout le monde réussit à embarquer.

Dans le train, je sens les joueurs un peu stressé. Moi aussi d’ailleurs. Et si nous n’arrivions pas à convertir notre belle saison lors de ce dernier week-end ? Nous savons qu’un match nul nous suffit et nous convenons qu’on doit le réaliser aujourd’hui. Pas question de risquer la montée contre les lyonnais à domicile lors de la dernière ronde dimanche.

Nous parlons un peu stratégie collective mais nous savons ce qu’il nous reste à faire : jouer aux Echecs et bien ! Comme nous l’avons fait jusqu’alors et il n’y a pas de raison que ça se passe mal.

Le match démarre plutôt bien pour nous. Besançon n’a pas présenté sa meilleure formation mais ils nous restent supérieurs sur le papier.

Rapidement Xavier et Nicolas prennent un gros avantage. Le premier possède une bonne qualité d’avance et le second, un avantage positionnel et spatial quasi décisif. Il ne leur reste plus qu’à transformer l’essai.

Comme à leur habitude, Pierre et José-Luis, peu férus de théorie sont en difficulté mais nous leur faisons confiance pour remonter la pente. Ils ont tant démontré tout au long de la saison que leur fighting spirit n’a pas d’égal.

Aurélie non plus n’est pas au mieux. Elle a joué une défense scandinave dans laquelle son adversaire a raté très tôt une combinaison presque gagnante (Fxf7+). Elle reste néanmoins un peu retranchée dans son camp.

Yves, quant à lui a complètement raté son début. Son adversaire réussit à transposer dans une finale largement supérieure.

En revanche, Kamran et Patrice, tous les deux conduisant les pièces blanches, obtiennent une bonne position au sortir de l’ouverture.

La tension est très élevée. Je préfère sortir faire un tour, me balader dans le vieux Lyon. Je reviens pendant la 3ème heure de jeu. En quelques minutes, j’assiste à quelque chose de rare : les évaluations sur tous les échiquiers ont changé ! La position de Kamran s’est planifiée ; a priori on s’achemine vers la nulle au 1er échiquier. José-Luis, au deuxième, est entrain de prendre le dessus sur son adversaire. Ce dernier a sacrifié un pion mais n’a plus suffisamment de compensation. José s’accroche à son pion central et se prépare à envoyer la grosse artillerie. Patrice est toujours bien mais la position est compliquée. Il ne faudra pas se tromper dans les calculs à l’approche du zeitnot. Yves, malgré un joli baroud d’honneur doit s’incliner logiquement.

Pierre a quant à lui complètement renversé la vapeur. Il a brillamment enrayé l’attaque de son adversaire et c’est maintenant lui qui se met en branle et essaye de taquiner le monarque noir.

Au 6ème, patatras ! Xavier doit laisser une tour à la suite à une jolie combinaison de son adversaire. Nicolas joue offensivement, laisse une tour contre un cavalier et deux pions, mais je commence à me demander si cela sera suffisant. Les noirs trouvent du jeu et sont près à transposer dans une finale supérieure. Enfin, Aurélie est toujours empêtrée dans sa défense mais elle s’accroche et tend de nombreux pièges à son adversaire.

Pierre est le premier à conclure. Son attaque a fait mouche. Il permet à l’équipe d’égaliser. Vient le zeitnot et le contrôle du temps au 40ème coup : 1 partout et tout reste à faire.

Pourtant, mon intuition me dit que ça sent bon le top 16. José est le premier à me donner raison : la contre-attaque espagnole a encore fait son effet. Il est très vite imité par Kamran qui a littéralement entourloupé son adversaire pourtant classé 2525 au début de la finale et promeut facilement son pion de plus en dame.

Patrice peut dés lors se contenter de la nulle. En effet, Aurélie a pris le dessus et va rapidement marquer le point elle aussi. 4-1, la partie est scellée. Il reste Nicolas et Xavier qui malgré une belle résistance s’inclinent finalement au bout de la finale. 4-3.

Lutèce remporte son match et accède au top 16 ! Nous quittons la salle de jeu et nous fêtons dignement notre victoire.

 

 

 

 

 

 

 

 

Dimanche 6 avril : Ronde 11 contre Lyon Olympique Echecs : La cerise sur le gâteau

La nuit a été courte. Je ne donne pas cher de notre peau. Pourtant, il faudrait mieux faire un résultat, histoire de ne pas laisser trop de regret à nos hôtes. Lyon Olympique Echecs est mon ancien club. Je connais bien les joueurs et les dirigeants. Je sais qu’ils sont déçus de ne pas jouer cette « finale », les communiqués de presse étaient prêts. Probablement auront-ils leur chance l’an prochain. Et comme à Lutèce, le LOE a une politique de formation développée si bien que de nombreux jeunes frappent à la porte de l’équipe première.

Ce matin, je ne suis pas que capitaine. En effet, Yves m’a laissé sa place. J’affronte, quelqu’un que je connais bien, la GMF Anda Safranska classée 2299. Je fus son capitaine il y a cinq ans. La partie débute tranquillement. Les pièces noires et blanches se développent facilement. Anda me dit plus tard, qu’elle connaît très bien ce début. Le jeu est équilibré mais je sens mon adversaire plus en confiance : Au 17ème coup, elle n’a encore réfléchi que dix minutes. Et déjà je lui laisse l’avantage lorsque sur 18.f4, je réagis mal, lui laissant l’opportunité de pousser à nouveau son pion f et préparer une attaque de mat.

Je n’ai pas eu le temps de bien observer mes coéquipiers. Je sais que Pierre a fait nulle très vite avec les noirs - il l’a bien mérité après sa superbe saison - . Je fais rapidement le tour et José me dit : « On va prendre une raclée ! ». Effectivement, Kamran et Patrice avec les pièces noires n’ont pas beaucoup de jeu, et ceux qui ont les blancs, José, Nicolas, Xavier et Aurélie n’ont rien obtenu de particulier de leurs ouvertures.

Durant la troisième heure de jeu, je dois déposer les armes devant la cavalerie lourde d’Anda. Je n’ai jamais vraiment existé dans cette partie même si mon adversaire tente de me rassurer en m’expliquant que si j’avais pris ce fameux pion f, la position serait équilibrée. Pendant ce temps, personne n’a vraiment progressé tandis que les menaces lyonnaises se font plus précises. Finalement, c’est une nouvelle fois Kamran qui montre l’exemple. Il exécute une superbe combinaison à base de Cxf2 qui laisse son adversaire sans ressource.

L’approche du contrôle de temps est aussi favorable à Aurélie et Xavier qui arrivent à compliquer la position et à se procurer de grosses menaces envers le roi noir. En manque de temps leurs adversaires respectifs ne trouveront pas les bonnes parades et doivent se résigner.

Nicolas n’a pas eu cette chance. C’est vrai qu’il affrontait le jeune espoir Clovis Vernay. Ce dernier se distingue par une maîtrise technique impressionnante. Il réduit le score à 3-2 pour Lutèce.

Il reste finalement deux parties qui ont tourné en notre faveur à l’approche du 40ème coup. Je suggère à José et Patrice de proposer partie nulle afin de sceller le score du match. La paix est conclue quelques coups plus tard : Lutèce remporte son 7ème match de la saison et confirme son nouveau statut.

Dans les autres rencontres, Grasse et Cannes 2 ne font pas le plein mais gardent une infime avance sur Lutèce. Ils terminent devant nous dans cet ordre. Nous profitons de la règle, logique, qui stipule qu’une équipe 2 ne peut accéder au top 16. Derrière, Mulhouse et Lyon prennent les accessits. Nos voisins Vincennes rejoignent, à notre grand regret, Toulouse, Avignon et Gambsheim en Nationale 2.

Sur le trajet du retour, nos esprits sont bien sûr déjà portés vers la saison prochaine. Les noms des Anand, Shirov et autres Bacrot résonnent déjà dans nos têtes. Kamran rejoue les parties et nous prodigue ses conseils « Play simple chess », « Play for the beauty ».

Arrivés Gare de Lyon, nous ne pensons qu’à rejoindre au plus vite le club. En effet, l’équipe 2 joue sa tête en N3 contre Evry. Grâce à un match nul sur le fil du rasoir, les joueurs de Lutèce 2 obtiennent in extremis leur billet pour la même division l’an prochain. L’équipe de N4 se maintient également et les deux équipes de N6 se sont encore aguerris cette année - La saison prochaine, ce sont ces équipes que nous essayerons de faire monter-.

Une très belle saison pour Lutèce-Echecs…

Yann-Erlé Le Roux